vendredi 9 novembre 2018

Dr Marmot Mpunga Tsimanga : «40 % de Congolais souffrent de troubles érectiles»

«Nous avons 80 % de réussites médicales en matière de traitement des troubles sexologiques», révèle Dr Marmot Mpunga Tshimanga. (Photo Kaly) 
Diplômé en médecine à l’Université de Kinshasa, Dr Marmot Mpunga Tshimanga est spécialiste en sexologie depuis 2010 au terme de ses études à l’Université Libre de Corée du Sud. Premier Congolais à intégrer l’Association internationale des médecins sexologues, il s’attèle depuis deux ans à sensibiliser la population sur les troubles sexuels qui affectent 40 % d’hommes et 15 % des femmes en République démocratique du Congo.
Qu’est-ce qui vous a motivé à vous intéresser à la sexologie ?
J’étais d’abord moi-même malade quand j’étais étudiant en médecine à l’Université de Kinshasa. Je souffrais des problèmes des troubles érectiles. Les médecins que je consultais à l’époque n’arrivaient à me donner satisfaction. Encore moins les tradipraticiens qui, depuis 2000, défilaient à longueur de journée à la télé pour vanter les mérites de leurs remèdes. En tant qu’intellectuel, j’étais très réticent. Les médecins, eux, me proposaient plus des excitants. Mais quand je lisais les notices, je me rendais compte qu’ils étaient plus adaptés aux personnes avancées en âge et non aux jeunes comme moi. J’ai alors décidé de recourir à l’abstinence jusqu’au moment où je trouverai la thérapie appropriée. Après l’obtention de mon diplôme de médecine en 2006, je me suis résolu de mener des études en sexologie. Pendant mes quelques stages professionnels, j’ai commencé alors à chercher des opportunités pour aller me spécialiser à l’étranger.
Comment s’est présentée l’opportunité ?
En faisant mes recherches sur internet, j’ai opté pour la médecine orientale plutôt que la médecine occidentale. En fait, j’ai préféré m’intéresser à la thérapie développée par les Asiatiques qui naissent généralement faibles en matière de virilité, contrairement aux Africains, Américains, Européens et bien d’autres peuples. C’est notamment pour cette raison qu’ils mènent beaucoup plus de recherches dans le domaine de la sexologie pour développer leurs capacités physiologiques. Grâce à mes parents, je me suis fais inscrire à l’Université Libre de Corée du Sud, à Séoul en 2006. Aussitôt intégré, j’ai sollicité des soins appropriés au niveau de l’université. Nos enseignants en médecine m’ont procuré une thérapie qui a démontré ses effets après deux mois. J’étais dès lors guéri et j’ai ainsi vécu le plus beau moment de ma vie. Depuis, je me suis attelé à soigner des patients des troubles érectiles et autres maladies sexuelles, en faisant des navettes entre Kinshasa et Séoul. Après quatre ans d’études, l’Université coréenne m’a décerné mon diplôme, faisant de moi le tout premier Congolais de l’institution spécialisé en sexologie. J’ai, dès lors, profité de cette opportunité pour faire inscrire à l’Université coréenne quatre autres collègues médecins congolais.
Comment alors avez-vous trouvé l’emploi une fois au pays ?
Je suis d’abord médecin généraliste. A ce titre, j’ai bénéficié du concours de plusieurs de mes collègues qui œuvrent dans les hôpitaux locaux. Très souvent, ces gynécologues, chirurgiens, urologues, pédiatres, internistes… me recommandaient des malades qui souffraient des problèmes sexologiques. Grâce à une ONG italienne qui venait de s’installer en République démocratique du Congo, nous les prenions en charge, moi et deux de mes collègues congolais fraichement diplômés à l’Université de Séoul. Un contrat nous a permis de soigner régulièrement depuis 2010 plusieurs cas des malades sexologiques. Pour le moment, je me suis installé depuis le mois de novembre 2012 au n°6160 sur le Boulevard Lumumba où j’ai ouvert Top Clinique (joignable en appelant au 00243819959244), en diagonale de la paroisse Saint Raphaël, au quartier Funa, à Limete. Avec mon équipe, nous tâchons d’apporter des soins appropriés à nos patients.
Quel est, d’après-vous, l’ampleur des maladies sexologiques en RDC ?
Si je me suis spécialisé sur la sexologie, c’est aussi à cause de l’ampleur des troubles sexologiques dans notre pays qui sont à la base de plusieurs divorces, même si de prime abord on tâche de les masquer. Selon des études menées depuis deux ans, 40 % d’adultes et d’adolescents souffrent de disfonctionnement érectiles en RDC et près de 15 % de femmes peinent des problèmes sexuels. Aujourd’hui, ces maladies sont beaucoup plus fréquentes dans notre pays alors que nos ancêtres n’en souffraient pratiquement pas.
A quoi est due cette ampleur ?
Il y a certainement un changement d’habitude, de comportement dans le chef de nos populations. Fascinés par la modernisation, nous importons beaucoup de choses de l’extérieur qui deviennent nocifs pour notre santé : des produits cosmétiques à base d’hydroquinone, des cellulaires que nous attachons autour de nos reins, des ordinateurs, la consommation des éléments nutritifs génétiquement modifiés (OGM) au détriment de nos aliments naturels… Il y a, par ailleurs, la fréquence des maladies comme le diabète, l’AVC, l’hypertension… Sans oublier certaines professions à risque comme les boulangers, les ajusteurs, les transporteurs, les ouvriers dans les industries… dont les bourses productrices de spermatozoïdes sont souvent exposés à la chaleur. Les troubles sexologiques menacent aussi les riches qui sont de plus en plus soumis au sédentarisme et s’adonnent à la consommation excessive de certains aliments.
Estimez-vous votre thérapie efficace ?
Bien entendu. La thérapie que nous proposons en matière de faiblesse sexuelle, éjaculation précoce, stérilité, infections, esthétique sexuelle (allongement et agrandissement de l’organe génital masculin, ainsi que le rétrécissement et l’entretien des organes génitaux féminins) est un traitement moderne dont l’efficacité est prouvée. Elle repose sur trois axes : les médicaments, les appareils et la psychothérapie (mesure hygiéno-diététique). Ils sont précédés par une consultation sexuelle suivie des examens para cliniques. Depuis que nous opérons en RDC en 2010, nous avons jusque-là enregistré 80 % de réussites médicales. Les patients viennent le témoigner et nous, médecins, nous le certifions par un examen de contrôle.
Que faites-vous pour sensibiliser la population aux problèmes sexologiques ?
Nous recourons aux médias. Nous passons très tard lors des émissions à téléphone ouvert, diffusées au delà de minuit sur les chaînes de télévision locales (RTNC CMB, NUmérica, Raga Tv…). La plupart de nos malades nous ont d’ailleurs connus par ce moyen. Pour nous sexologues en fait, les médias sont un partenaire important sans lequel nous ne pourrons vulgariser la sexologie, considérée jusque-là encore comme un sujet tabou dans nos sociétés africaines. La culture africaine n’a pas encore compris que la sexologie est une branche de la médecine autant que la dentisterie, l’ophtalmologie, la chirurgie, la gynécologie… Nous ne voulons donc pas laisser notre population à la merci des charlatans.
Propos recueillis par Yves KALIKAT

dimanche 1 mai 2016

Papa Wemba : hommage à un artiste engagé


Plusieurs organisations humanitaires regrettent la disparition de Papa Wemba, qui acceptait volontiers de prêter sa voix aux différentes campagnes d'intérêt public. (Photo Tiers)
La disparition de l'artiste congolais Papa Wemba continue à émouvoir l'opinion tant nationale qu'internationale. Décédé le dimanche 24 avril dernier à Abidjan, en Côte d’Ivoire, après s’être écroulé sur scène, alors qu’il prestait dans le cadre du Festival des Musiques Urbaines d'Anoumabo (Femua), Jules Shungu Wembadio était un artiste engagé. Il avait consacré sa vie, et surtout sa voix, à plusieurs causes d'intérêt public.
A la veille de ses funérailles publiques, prévues du 2 au 4 mai prochain au Palais du peuple, à Kinshasa, Papa Wemba fait la une de la presse. Magazines, journaux, émissions à la radio et à la télévision lui consacrent de larges espaces à travers le monde.

En République démocratique du Congo, la télévision nationale (RTNC) a réservé à l'illustre disparu son émission ''Question de la population'', animée par notre consœur Louisette Nsakala et diffusée le samedi 30 avril dernier,. Occasion de passer en revue ses nombreuses prestations pour la cause de la population.

Regret des humanitaires
De prime abord, l’on se rend compte que plusieurs organisations humanitaires regrettent la disparition de cette vedette musicale, qui acceptait volontiers de prêter sa voix aux différentes campagnes d'intérêt public, destinées à sensibiliser l'opinion contre les fléaux qui nuisent à la vie de la population.

A l'Unicef, par exemple, le patron de l'orchestre Viva la Musica est apprécié pour avoir chanté dans ''Stop Ebola'', une chanson qui a été au menu de la campagne de sensibilisation menée par le Fonds des Nations unies pour l'enfance pour mobiliser la population face à ce virus hémorragique qui a causé beaucoup de victimes dans plusieurs pays africains en 2014.

Campagne pour la planification familiale
Le Fonds des Nations unies pour la population (UNFPA), par l'entremise de son chargée de communication, Mme Brigitte Kiaku, a, pour sa part, loué l'engagement de l'auteur de la chanson ''Mama'', qui s'est dévoué dans la campagne de sensibilisation à la planification familiale en RDC.


Le ''chef coutumier du village Molokaï'' s'est montré disponible qu'il a accepté de contribuer, par sa voix, à la vulgarisation des méthodes de lutte contre le sida. (Photo Tiers)
Dans cette chanson de campagne, composée en 2013 en vue d’exhorter les couples à limiter les risques de mortalité des femmes due aux grossesses trop rapprochées, l'UNFPA a été fier de l'implication active de Papa Wemba, qui a prêté sa voix aux côtés d'autres artistes congolais de talent comme Tshala Mwana, Mbilia Bel, Reddy Amisi, Jean Goubald, Manda Chante...

Lutte contre le sida
Il en est de même pour le Programme national multisectoriel de lutte contre le sida (PNMLS) qui a recouru aux talents de Papa Wemba pour sensibiliser la population face au danger du sida. Selon les promoteurs de cette campagne, le ''chef coutumier du village Molokaï'' s'est montré si disponible et généreux qu'il a accepté de contribuer, par sa voix, à la vulgarisation des méthodes de lutte contre le sida. Un moyen de réduire le taux élevé de décès dû à la contamination des victimes.

Outre Papa Wemba, la chanson ‘‘Stop sida’’ a connu le concours de plusieurs autres stars de la musique congolaise, en l'occurrence Koffi Olomide, Tshala Mwana, Mbilia Bel, Werrason, JB Mpiana, Fally Ipupa, Ferré Gola, Lokwa Kanza, Gatho Beevans, Jean Goubald, Barbara Kanam, MJ30, Evoloko Jocker, Bozi Boziana, Karmapa, Manda Chante...

En guerre contre la guerre
L'engagement de Papa Wemba ne s’est pas seulement cantonné au seul périmètre de la RDC. Aux années 90, il avait participé activement au projet ''So why'', promu par la Croix rouge internationale (CICR).

Dans ce projet qui a permis à cinq vedettes musicales africaines (Papa Wemba, Lucky Dube, Youssou N’Dour, Lagbaja, Lourdes Van-Dunem et Jabu Khanyile) de visiter, en 1996, quatre zones de conflits armés (Liberia, Angola, Soudan et le KwaZulu natal en Afrique du sud), le chanteur congolais et ses pairs ont participé, à travers le single ''So why'', à la campagne visant à dissuader la population à recourir aux violences pour solutionner les crises.


Papa Wemba fredonnant ici la chanson ‘‘Triple option’’, en duo avec la diva congolaise Barbara Kanam à Roméo Golf, à Kinshasa. (Photo Kaly)
Déterminés à faire respecter les civils dans les conflits en Afrique, Papa Wemba et les autres stars africaines ont contribué, non seulement à la réalisation de ce disque, mais aussi à celle du vidéo-clip, du documentaire Tv, d’un grand concert à Paris et d’un livre préfacé par Nelson Mandela.

Outre ce projet, les contributions de Papa Wemba aux actions humanitaires sont légion. D'où, l'hommage qu'il reçoit aujourd'hui sur l'échiquier planétaire.              
Yves KALIKAT        

samedi 2 juillet 2011

Rotaract club de Kinshasa : Angella Basua aux commandes

Elle fait de la lutte contre la carie dentaire son cheval de bataille. Elle, c’est Angella Basua, la nouvelle présidente du Rotaract club de Kinshasa Binza. Fraichement promue, cette jeune Congolaise, audacieuse et ambitieuse, a pris officiellement ses fonctions le 1er juillet 2011 pour un mandat d’une année.


samedi 25 juin 2011

Mazembe en finale, les Kinois en liesse

Bras levés, deux doigts pointés vers le ciel en signe de victoire, les Kinois envahissent les rues, les visages débordant de joie. «Deux à zéro, Mazembe en finale !», scandent-ils à tue-tête, improvisant même un défilé spontané tout le long du large Boulevard du 30 juin, débordant de monde.

Il est 19 heures à Kinshasa ce mardi 14 décembre 2010. Le match entre le TP Mazembe Englebert de la République démocratique du Congo et le Sport Club Internacional du Brésil vient à peine de prendre fin. Dans les rues de la capitale, la fête commence. Les «shégués» (enfants de la rue, NDLR) sont les premiers à annoncer la nouvelle aux passants : «Mazembe est champion, il vient d’écraser l’équipe du Brésil par deux buts à zéro».

mercredi 22 juin 2011

Marie Chantal Kaninda :
Vivre au Congo sans corrompre

Marie Chantal Kaninda fait de la lutte contre la corruption son cheval de bataille. Représentante de la multinationale De Beers en République démocratique du Congo, elle dirige un groupe de travail restreint qui s’attèle à mobiliser les entreprises tant publiques que privées dans la lutte contre la corruption. Au magazine Optimum, elle explique le bien-fondé de cette initiative.


Joëlle Bile : «L’expo ESU a montré à la face du monde les œuvres d’esprit des étudiants congolais»

Joëlle Bile en pleine exposition.

Mariée et mère de deux enfants, Joëlle Bile Schetter dirige une agence en communication implantée à Kinshasa. Diplômée en relations publiques, elle a décidé de lancer "Spirituellement vôtre", "le tout premier magazine chrétien de la République démocratique du Congo". Pour plus de visibilité, elle a participé activement à la première édition de l'Expo ESU (Exposition des Etablissements de l'Enseignement supérieur et universitaire, NDLR) en 2010 dans le stand de l'Institut facultaire des sciences de l'information et de la communication (IFASIC).

Depuis quand votre magazine est-il sur le marché ?
C'est depuis le mois d'avril dernier que nous avons lancé le premier numéro de "Spirituellement votre". Il a été imprimé en dehors de la RDC. Si nous prenons en compte le temps pris pour le recevoir au pays, nous dirons qu’il est disponible depuis le mois de mai, pratiquement un mois. 
Sur toutes les affiches, vous signalez que votre revue est le tout premier magazine chrétien de la RDC. Etes-vous si sure ?
En fait, personnellement, je n’en ai jamais vue d’autres. Et s’il y en a, ils ne se sont pas fait connaître ni à moi, ni à ceux qui sont autour de moi. Je me suis donc naturellement considérée comme la première. Je me dis que les ouvrages chrétiens, il a dû y en avoir, de même des revues parlant de la chrétienté d’un point de vue ou d’une approche chrétienne, il y en a sans doute. Mais un magazine chrétien qui traite des faits de société, qui parle de choses de la vie de tous les jours en ayant tous une approche biblique, je ne pense pas qu’il en existe encore. Et si c’est vraiment le cas, je n’en ai pas vu, pas non plus les 5.000 lecteurs qui se sont procuré le magazine «Spirituellement vôtre».
Avec les nombreuses tendances de chrétiens en RDC, êtes-vous sûre de maintenir longtemps votre ligne éditoriale ?
C’est un premier jet. Nous avons lancé ce numéro zéro qui est ouvert à toutes les critiques, observations, remarques… Maintenant, me demander si, avec tous les chrétiens ça va être possible d’avoir une ligne éditoriale, je dirai tout simplement qu’on est tous conscient aujourd’hui que la société congolaise est minée par des antivaleurs. Je voudrais donc, à travers ce magazine, briser l’élan à ces antivaleurs en se référant simplement à la Parole de Dieu. Qu’on soit catholique, protestant ou pas, on est tout de même conscient que la corruption, la prostitution… rongent notre pays et prennent des proportions considérables. Le manque de lecture est aussi un facteur nocif qui détruit notre pays. Qu’on soit donc d’une tendance ou d’une autre, du moment qu’on est chrétien, on est capable de se retrouver dans un magazine comme celui-ci.

Votre magazine est-il exclusivement réservé aux femmes ?
Non, pas du tout. Nous n’allons pas entrer dans des considérations doctrinales. Je pense toutefois que celui qui est chrétien, c’est l’être humain. Pas son corps, encore moins son sexe. C’est plutôt l’esprit qui est chrétien. Qu’on soit homme ou femme, on est appelé à connaitre les choses de Dieu.

Où avez-vous fait vos études ?  
J’ai passé mes études en communication pendant deux ans à l’ISTI à l’époque. C’était en 1997. Ensuite, je suis allée poursuivre mes etudes en France, à l’Université Bernard Jucie, à Versailles où j’ai eu mon diplôme. Toutefois, s’il y a un endroit qui m’a donné envie de faire ce métier, c’est à l’IFASIC, ici au Congo. C’est pourquoi je reviens à la source.

Est-ce pour cela que vous avez préféré exposer dans le stand de l’IFASIC ?
Je suis particulièrement heureuse et satisfaite de cette exposition. Je salue d’ailleurs avec tous mes respects le ministre de l’Enseignement supérieur et universitaire (ESU) qui a concrétisé cette initiative jamais prise auparavant. Cette exposition permet de montrer à la face du monde les œuvres de l’esprit réalisées par les étudiants congolais, qu’ils soient encore sur le banc de l’université ou diplômés œuvrant avec d’autres étudiants. Moi par exemple, je suis une ancienne étudiante, mais je travaille avec trois journalistes qui sont encore étudiants à l’IFASIC. Ils auraient dû exposer avec moi, mais comme j’en suis la rédactrice, j’ai répondu au rendez-vous.

Au terme de l’expo ESU, quel bilan faites-vous de ces journées ?
J’aime parler de choses positives. C’était pour moi un très grand succès. Ca m’a permis de me rendre compte  du  nombre d’universités qui existent. C’était aussi l’occasion de faire des rencontres mutuelles, une découverte de l’autre… C’est une première qu’il faut soutenir parce que le ministre a montré que les étudiants congolais sont capables de faire des choses qu’on croyait inexistantes ici. Je salue donc cette initiative. Bien entendu, pour une première expérience, c’est sûre qu’il y a des imperfections, des approches à corriger lors de la deuxième édition que j’aimerais voir. C’est un grand succès, parce qu’il n’y avait pas que l’exposition. Il y avait aussi des conférences auxquelles nous avons assisté, des théâtres classiques qu’on a plus l’habitude de voir, parce qu’à la télévision, on ne nous présente que du théâtre populaire. C’est merveilleux ce que nous avons vécu ! Une fois de plus, bravo a l’Enseignement supérieur et universitaire. 

Si jamais demain, on organisait une autre édition, que suggéreriez-vous pour améliorer la qualité de cette rencontre universitaire ?
Déjà, une préparation beaucoup plus soutenue, parce qu’on a senti quelques impréparations  de la part de plusieurs stands et intervenants. Il faudrait que les gens travaillent en symbiose. En tout cas, au niveau de l’exposition, il n’y avait pas mal d’exhibitions qu’on aurait pu faire. Tout le monde dit avoir été pris de cours, tout le monde estime qu’il n’avait pas les moyens… Je pense donc que, pour les prochaines éditions, il faudrait un travail en symbiose, une synergie qui se crée pour donner vraiment le meilleur de nous de la part de tout le monde.
Propos recueillis par Christelle LUZAMBA et Yves KALIKAT

Isidore Ndaywel : "Le redressement de la RDC passe par la formation et le travail"

Fils d’enseignant, le professeur Isidore Ndaywel E-Nziem enseigne dans plusieurs universités à travers le monde. Historien de renom, il a publié plusieurs ouvrages, en l’occurrence «Nouvelle histoire du Congo». Coordonnateur du Comité scientifique du Commissariat général du Cinquantenaire, structure chargée d’organiser le jubilé de l’indépendance de la RDC, il exhorte les Congolais à espérer en un avenir meilleur, tout en les conviant à se former davantage et à bien travailler.    
En cette année où les Congolais célèbrent le jubilé de leur indépendance, le professeur Isidore Ndaywel estime le moment propice pour s’arrêter et se demander d’où l’on vient, où l’on est et où l’on va. Ces questions s’avèrent, selon lui, fondamentales pour tous ceux qui veulent ménager leurs montures en vue de mieux baliser les voies de l’avenir.
«On ne peut pas, affirme-t-il, parler du cinquantenaire sans parler de l’histoire. Et on ne peut pas non plus prétendre aimer le Congo si on ne le connaît pas. Voilà pourquoi dans la formation, il est important d’insister sur des données de connaissance de son propre pays. Le Congo dans l’espace et dans le temps est un élément qui devrait faire l’objet des préoccupations de tout système. Le Congo dans l’espace, c’est-à-dire sa géographie, doit avant tout être fort maîtrisé. Mais, ce n’est pas mon propos. Mon propos concerne le Congo dans le temps».
«Les millénaires qui nous ont précédés, c’est la partie de notre histoire où s’est forgé notre patrimoine, immatériel certes, mais important».
Pour Isidore Ndaywel, l’histoire de la RDC peut être repartie en plusieurs séquences. «La plus récente, explique-t-il, c’est le cinquantenaire qui concerne les 50 dernières années, de 1960 à nos jours. Cette séquence est la suite de celle du Congo belge, de 1908 à 1960. 52 ans de statut d’un pays colonisé ayant pour métropole la Belgique. Spécifiquement coloniale, cette séquence est aussi la continuité d’une autre, le premier ordre colonial. Nous sommes entrés en colonisation par une proclamation d’indépendance. Nous avons été Etat indépendant du Congo pendant 23 ans, de 1885 à 1908, avec pour souverain le roi Léopold II. Installé dans la lointaine Belgique, il était à la fois roi des Belges et roi souverain du Congo. Et avant cela, il y a eu des millénaires d’histoire de nos populations sur cet espace qu’est le Congo».
Faisant le bilan du passé, Isidore Ndaywel reconnaît que chacune des séquences de l’histoire du Congo a des acquis. «La toute première séquence que nous maîtrisons insuffisamment, c’est l’âge précolonial, affirme-t-il. Les millénaires qui nous ont précédés, c’est la partie de notre histoire où s’est forgé notre patrimoine, immatériel certes, mais important. C’est ce qui fait que nous soyons ce que nous sommes, que nous puissions avoir des institutions sociales aussi solides qui font que, chez nous, il y ait cette convivialité, cette importance accordée à notre ami, cette joie de vivre malgré notre misère, alors que la situation est beaucoup plus dure. C’est un patrimoine dont il faut être fier, tellement d’autres peuples n’en bénéficient pas. Je n’en veux pour preuve que les statistiques de crises cardiaques qu’il y a dans le monde ! ».
«L’Etat congolais est vieille de 125 ans. Nous sommes donc un Etat qui totalise cinq quarts de siècles… Et c’est la deuxième fois que nous célébrons le cinquantenaire.»
Isidore Ndaywel est beaucoup plus optimiste lorsqu’il aborde les deux autres séquences : «La constitution de l’Etat congolais, qui date de 1885 à nos jours, est vieille de 125 ans. Nous sommes donc un Etat qui totalise cinq quarts de siècles ! Une trajectoire absolument confortable dans l’histoire globalement, a fortiori dans l’histoire africaine, où il y a tellement de choses récentes. Et l’acte fondateur de cet Etat, c’est la proclamation, le 1er juillet 1885 à Vivi (Bas-Congo), de l’existence de l’Etat indépendant du Congo».
«Et, je tiens d’ailleurs à vous le rappeler, c’est la deuxième fois que nous célébrons le cinquantenaire, assure l’historien congolais. Nous avions déjà célébré, en 1935, le premier cinquantenaire de l’existence de notre Etat. Si vous allez dans certaines villes comme Lubumbashi, le Parlement actuel s’appelait naguère «Le Cinquantenaire». Il y avait même le parc du cinquantenaire».
«Nous avions acquis, en 1935, nos 50 ans d’existence comme Etat. Et le 1er juillet constituait notre fête nationale jusqu’au 30 juin 1960».
De quel cinquantenaire s’agit-il ? «Eh bien, répond Isidore Ndaywel, nous avions acquis, en 1935, nos 50 ans d’existence comme Etat. Et le 1er juillet constituait notre fête nationale jusqu’au 30 juin 1960. C’était le jour où nous célébrions notre fête nationale et où nous présentions notre drapeau bleu à l’étoile d’or, très vieux drapeau qui date de 1877, au moment où la commission d’histoire de l’Association internationale africaine a adopté son emblème. C’est cet emblème qui continue jusqu’à ce jour, certes avec des réaménagements et modifications jusqu’à la présentation actuelle».
Comme bon nombre de Congolais, le professeur Ndaywel décrie les méfaits du système colonial, mail il ne voit pas tout en rouge. «Nous avons, dit-il, raison de dénoncer les maux de la colonisation belge, mais elle nous a apporté aussi des acquis importants. Elle a notamment été caractérisée par ce qu’on appelle «l’administration indirecte», héritée des colonisations britanniques suivant lesquelles il ne faut pas mélanger les indigènes avec les Blancs».
Selon l’historien congolais, «l’administration indirecte» reposait sur la ségrégation. «Il fallait, explique-t-il, laisser les indigènes dans leurs villages, les enfermer dans leurs cités, pour qu’ils soient gérés par leur droit coutumier, par leurs chefs traditionnels. Il ne fallait pas qu’ils aient trop d’accès à des langues importées, en l’occurrence la langue française. Il fallait s’adresser à eux, les évangéliser dans leurs langues indigènes».
Pour le professeur Ndaywel, «c’était de la discrimination, certes, mais, c’est par cette discrimination qu’il y a maintenant un coté positif. Ce que nous avons eu la chance d’avoir été toujours proches de nos cultures traditionnelles, d’avoir conservé nos langues, nos usages par rapport aux autres régions d’Afrique où l’écart est très important par rapport à ce passé».
«Aucun pays colonisateur n’a, à un moment donné, décidé que la colonisation était assez suffisante pour que le pays colonisé devienne indépendant».
Lorsqu’il évoque la vague des indépendances en Afrique, l’historien congolais assure que c’est une phase incontournable qui s’accompagne bien souvent de scènes de violence. «Dans l’histoire du monde, commente-t-il, on accède à cette étape presque toujours de la même manière. Nous ne connaissons nulle part l’expérience de colonisation où le pays colonisateur a, à un moment donné, décidé que la colonisation était assez suffisante pour que le pays colonisé devienne indépendant».
«Il était donc important que nous accédions à l’indépendance, à la prise en charge, par des autochtones, de cette nouvelle forme de modernité d’origine extérieure qui s’est introduite chez nous à l’occasion de la colonisation, soutient Isidore Ndaywel. C’est l’exercice de l’appropriation de ces instruments de modernité politique (l’Etat-nation, la démocratie, la gestion économique moderne, la gestion culturelle moderne…) par les autochtones, qui s’avère une étape incontournable dans l’évolution d’une nation. On n’y arriverait pas si on voulait faire le contraire».
Aux nostalgiques congolais qui regrettent encore «la belle époque coloniale», le Coordonnateur du Comité scientifique du Commissariat général du Cinquantenaire se montre sec : «La colonisation est finie. Organisons le quarantième jour de ce deuil colonial. N’en parlons même plus ! Pourquoi parlons-nous encore tant de la Belgique ? Ce n’est qu’un partenaire parmi tant d’autres. Nous sommes au cinquantenaire. Nous avons invité un certain nombre de chefs d’Etat, on n’en parle pas. On parle seulement du roi qui arrive ou qui n’arrivera pas. Le roi n’est qu’un invité, chef d’Etat parmi tant d’autres !  Je crois que ce sont ces relents de la colonisation qui demeurent dans notre esprit».
«Faut-il fêter le cinquantenaire ? Bien sûr ! Il n’y a pas un niveau de richesses particulier pour fêter ! En cette année, 17 pays africains fêtent leur jubilé d’indépendance»
«Faut-il fêter le cinquantenaire ?», se demandent certains observateurs qui estiment que les festivités du jubilé seraient de trop pour un pays en crise. «Bien sûr que oui, rétorque Isidore Ndaywel ! Il n’y a pas un niveau de richesses particulier pour fêter ! Le jour où un élève réussit son examen d’Etat, si son père lui dit qu’il n’a pas d’argent pour organiser la fête, peut-il être content ? Lorsqu’on a de l’argent, on décide d’aller fêter au Grand Hôtel !  Quand on n’en a pas, on choisit le bar d’à coté !  Et quand on a un peu moins, on achète un casier de boissons sucrées qu’on consomme devant la maison. Parfois même on n’a rien du tout, alors on passe la soirée dans une veillée de prière ! Totaliser 50 ans et ne rien faire, cela n’a aucun sens pour notre culture».
 «Sommes-nous si malheureux que cela pour ne rien faire ?», s’interroge l’historien congolais. «En cette année, rappelle-t-il, 17 pays africains fêtent leur jubilé d’indépendance. Pensez à la situation du Togo qui a dû combiner la célébration d’indépendance avec les élections. Pensez à la Côte d’Ivoire qui fête, cette année, ses  50 ans d’indépendance malgré tous ces problèmes ! Pensez à Madagascar qui a eu son indépendance, deux à trois jours avant le 30 juin ! Ils vont célébrer leur indépendance avec nous cette année. Ne sommes-nous pas dans une situation plus enviable que ces pays-là ?»  
«Le cinquantenaire doit être une sorte de veillée d’armes pour nous réarmer des énergies nouvelles»
Partant des festivités de l’indépendance, Isidore Ndaywel exhorte ses compatriotes à combattre cette fatalité qui les pousse à affronter l’avenir avec pessimisme. «Le cinquantenaire doit être une sorte de veillée d’armes pour nous réarmer des énergies nouvelles, clame l’historien congolais. Il faut que nous puissions nous organiser pour travailler sérieusement. Il est temps de nous réveiller, de décider de construire notre pays pour faire quelque chose de notre vie. Nous vivons certes dans la crise. Or, c’est pendant la crise qu’il y a émergence de grands hommes. De cette crise, ce qui est certain, c’est qu’il y aura de grands hommes. Et c’est à chacun de décider s’il sera compté parmi eux’’».
Aux jeunes, élites de demain, Isidore Ndaywel demande d’éviter la vie facile et leur recommande une formation assidue : «Nous avons des réclamations des étudiants pour plusieurs raisons. C’est toujours parce qu’ils veulent des recommandations, des arrangements… Jamais parce qu’ils ont pris conscience qu’ils veulent être bien formés. Mais, vient un moment où on ne peut pas tricher avec la vie. Vous dites que vous êtes licencié en économie ? Très bien, il faut maintenant travailler. Vous n’arrivez même pas à écrire correctement. Vous dites que vous êtes maintenant médecin ? Voilà un malade, allez-y. Et vous ne savez même pas le soigner».
 «Vous ne pouvez pas vous permettre une vie de médiocrité dès lors que vous voulez être un citoyen du Congo, un citoyen du monde en ce millénaire, s’insurge le professeur Ndaywel.  Il faut prendre la porte étroite. Même quand nous sommes étudiants, nous devrons nous décider de construire notre pays, d’aller désormais à contre-courant, de refuser des points qu’on nous donne gratuitement par des recommandations, de petits arrangements, parce que nous voulons être formés correctement».
«L’amélioration de la situation n’est jamais instantanée ! C’est un processus. Et moi, je constate que ce processus a bel et bien démarré».
Optimiste en l’avenir du Congo, Isidore Ndaywel reprend en chœur l’affirmation du ministre Maker Mwangu de l’Enseignement Primaire, Secondaire et Professionnel (EPSP) : «Jamais, je n’ai vu mon pays constituer un si vaste chantier comme aujourd’hui». En séjour à l’étranger depuis une décennie, l’historien congolais voit de bon œil le vent de changement qui pointe à l’horizon : «L’amélioration de la situation n’est jamais instantanée ! C’est un processus. Et moi, je constate que ce processus a bel et bien démarré».
«Moi qui étais longtemps absent du pays, qui ai passé près de dix ans à l’étranger, je ne comprends pas ce qui se passe avec les salles de fête à Kinshasa, s’étonne le professeur Ndaywel. Elles sont toutes occupées. Il y a une telle prospérité au point qu’on est, de fois, obligé de faire le mariage le vendredi ! Il y a même une convivialité incroyable. Invité récemment à un mariage dans la commune de Ngaba, je m’attendais à une cérémonie modeste. Mais, j’ai été étonné de voir qu’il y avait au moins 3 mètres de cadeaux emmenés par l’assistance pour les mariés ! ».
«Même les embouteillages que nous voyons, c’est signe de quelque chose de nouveau, poursuit l’historien congolais. Qu’on voie tout d’un coup tas de véhicules sur nos routes, ce qu’il y a quelque chose qui a démarré».
«Lorsque nous nous mettrons véritablement au travail, nous prendrons des raccourcis pour atteindre le développement».
«C’est à dessein que j’appelle les Congolais au travail, souligne le professeur Ndaywel. Je vous rappelle la devise du pays : «Paix, justice et travail».  Or, notre devise lors de l’Etat indépendant du Congo, pendant la période coloniale, c’était : «Travail et progrès». Donc, pendant les 125 ans de l’Etat congolais, il y a un élément qui est resté permanent dans la devise nationale. C’est le mot : travail. C’est grâce à cela que la colonie belge était une colonie modèle qui avait des infrastructures les plus enviées. Nous étions même en avance par rapport à l’Afrique du sud ! Brazzaville ne pouvait même pas se permettre de se comparer avec la ville de Léopoldville, parce qu’il y avait cette notion du travail».
«Eh bien, conclut Isidore Ndaywel, j’ai la conviction qu’un re-enfantement du Congo est possible.  Et je suis sûr que, lorsque nous nous mettrons véritablement au travail, nous prendrons des raccourcis pour atteindre le développement. Je pense que, même si nous continuons, rien que comme on est là, dans trois ans, le monde sera surpris. Lorsqu’on vient d’Europe et qu’on revient au Congo où on dit qu’il y a la guerre, la misère, le sida, on est étonné de voir le changement en cours».
 Propos recueillis par Yves KALIKAT
Tiré du magazine Optimum n 1